En bref
• Ramasser ses excréments en haute montagne évite la contamination des glaciers, des torrents et des sols déjà fragilisés par le froid. Les bactéries comme Escherichia coli survivent longtemps en altitude.
• Trois systèmes pratiques sont passés au crible : le WAG bag avec poudre gélifiante, le tube PVC façon « cartouche à caca » et le sachet maison à base de sacs congélation renforcés. Chacun a ses forces et ses limites.
• La règle de base reste la même : tout ce qui sort de ton corps ou de ton sac repart avec toi jusqu’à la première poubelle adaptée, surtout en haute altitude où l’enterrement classique fonctionne très mal.
• L’odeur, le poids et l’organisation peuvent faire peur, mais avec un peu de méthode on obtient un système propre, discret et compatible avec des ascensions de plusieurs jours.
• En adoptant un des trois systèmes et en l’intégrant à ta routine (comme tu le fais déjà pour ton eau ou tes déchets alimentaires), tu limites concrètement ton impact sur les massifs où tu marches.
Pourquoi ramasser ses excréments en haute montagne change vraiment la donne
En haute montagne, le froid ne règle pas tout, surtout pas le problème des excréments humains. À première vue, la tentation est forte de se dire que la nature fera le travail, que la neige recouvrira tout et que le temps gommera les traces. Sauf qu’en altitude, la décomposition est très lente, parfois bloquée pendant des mois, et les bactéries comme Escherichia coli restent actives longtemps dans la glace et le sol gelé.
Sur certains glaciers très fréquentés, des prélèvements ont montré des concentrations inquiétantes de bactéries fécales. Le lien avec les selles laissées à même la glace ne fait aucun doute. Quand la fonte arrive, toute cette pollution se retrouve dans les torrents, les lacs d’altitude et parfois jusque dans les captages qui alimentent les villages. Tu peux imaginer le résultat pour la faune, mais aussi pour les humains en aval.
Un corps humain produit en moyenne plusieurs centaines de grammes de matières fécales par jour. En vallée, les stations d’épuration gèrent ça. En montagne, surtout au-dessus de la limite de végétation, chaque dépôt reste presque intact pendant des mois. Même un trou creusé consciencieusement à la pelle reste une solution très partielle quand la couche de sol fait à peine quelques centimètres d’épaisseur avant de tomber sur la roche ou la glace.
Les parcs nationaux et les réserves ont bien vu le problème. Dans certains secteurs très fréquentés aux États-Unis, les catholes (les fameux trous d’au moins 20 cm) ne sont plus recommandées du tout. L’usage de WAG bags ou d’autres systèmes de collecte est obligatoire sur des itinéraires emblématiques comme le Mount Whitney ou des canyons très étroits. En Europe, la tendance va clairement dans la même direction sur les glaciers et les itinéraires classiques.
Autre point souvent négligé : le côté visuel et olfactif. Un sentier jonché de papiers toilettes, de catholes mal rebouchées ou de « surprises » en bord de trace, ça flingue l’expérience pour tout le monde. Quand tu as fait des heures de montée pour trouver un bivouac au calme, tomber sur du papier souillé derrière chaque rocher casse un peu la magie. Ramasser ses excréments, c’est autant un geste pour l’écosystème que pour les autres randonneurs.
Enfin, la haute montagne amplifie les erreurs. Un trou mal placé, trop près d’un torrent ou d’un névé, peut contaminer directement l’eau que tu vas filtrer un peu plus bas. Même avec un bon filtre, tout ne passe pas toujours. Entre troubles digestifs en altitude et terrain technique, il suffit d’une mauvaise nuit pour transformer une course agréable en galère.
La solution la plus cohérente dans ces environnements reste donc simple : emporter ses excréments avec soi, au même titre que les déchets alimentaires. Le reste de l’article décortique trois systèmes concrets pour le faire sans transformer ton sac en poubelle ambulante.

Comment fonctionne un WAG bag en haute montagne et quand l’utiliser
Le WAG bag est souvent présenté comme la solution « clé en main » pour gérer ses excréments en conditions engagées. C’est un sac plastique spécifique, muni d’une poudre gélifiante inspirée de travaux de la NASA. Cette poudre transforme les matières fécales en gel et limite les odeurs, tout en réduisant le risque de fuite dans le sac.
Concrètement, la plupart des kits comprennent un sac interne avec la poudre, un sac externe étanche, parfois un peu de papier toilette et une lingette ou du gel hydroalcoolique. L’usage est assez simple. Tu ouvres les deux sacs, tu disposes le sac interne de manière stable (entre deux pierres ou dans une petite cuvette de neige), tu fais ce que tu as à faire, puis tu refermes soigneusement et tu enfermes le tout dans le sac externe.
Le grand avantage pour la haute montagne, c’est l’absence de creusage. Quand le sol est gelé, rocheux ou recouvert de glace vive, sortir une pelle à caca et tenter d’atteindre 20 cm de profondeur relève parfois du sketch. Le WAG bag évite cette étape et reste praticable même accroché à un relais ou dans un bivouac très minéral où aucune zone de terre n’est disponible.
Autre intérêt : la gestion des pathogènes et des odeurs. La gélification bloque une partie de l’humidité et emprisonne les composés volatils responsables du parfum caractéristique. Certains modèles sont prévus pour deux ou trois utilisations, mais rouvrir un sac déjà utilisé demande un peu de courage et entraîne toujours un petit dégagement d’odeur. Sur plusieurs jours, beaucoup de pratiquants préfèrent un sac par « session » pour garder un minimum de confort mental.
Reste la question de l’impact environnemental du plastique. Les fabricants mettent en avant des matériaux censés se dégrader plus rapidement en décharge et un confinement strict des déchets. Ça ne résout pas tout, mais sur les secteurs saturés d’excréments laissés à l’air libre, le bilan penche clairement en faveur du WAG bag. Mieux vaut un sac plastique en décharge qu’un glacier transformé en zone d’épandage incontrôlée.
En pratique, ce type de kit fonctionne très bien sur des courses techniques, des ascensions à la journée avec retour en vallée le soir, ou des raids de deux ou trois nuits où tu sais que tu trouveras une poubelle adaptée au bout de la boucle. Au-delà, le coût et le volume des sacs commencent à peser vraiment, au sens propre comme au figuré.
Pour finir sur ce système, un point logistique important : le stockage dans le sac à dos. Beaucoup de grimpeurs utilisent un petit sac externe dédié, accroché sur l’arrière du sac, ou un contenant rigide (type boîte de chips ou vieille gourde marquée de façon évidente). Cette double barrière réduit la gêne olfactive et évite d’abîmer les sacs pendant les manipulations. Utilisé de cette manière, le WAG bag devient un outil très efficace plutôt qu’un gadget culpabilisant.
Tube PVC pour les excréments en altitude : la « cartouche » qui rassure
Passons à un système plus bricolé mais très répandu chez les grimpeurs et certains randonneurs au long cours : le tube PVC dédié aux excréments. L’idée rappelle les conteneurs alimentaires pour ours utilisés en Amérique du Nord. On enferme tout dans un cylindre rigide, solide, qui se nettoie facilement une fois de retour.
Le montage est simple. Tu prends un morceau de tube PVC de diamètre suffisant, muni de deux bouchons vissants. L’intérieur est lisse, donc facile à rincer plus tard. Chaque « dépôt » est d’abord conditionné dans un sac étanche (WAG bag, sac congélation renforcé ou sachet spécifique), puis glissé dans le tube qui sert de protection mécanique et de barrière supplémentaire contre les odeurs.
Sur le terrain, ce type de système apporte un vrai confort mental. Tu sais que même si un crampon, un piolet ou une boucle de ceinture vient appuyer sur ton sac, le contenu ne sera pas écrasé. Tu peux fixer le tube à l’extérieur du sac, le ranger verticalement à l’intérieur ou le glisser dans un porte-matériel selon sa taille. C’est compact, solide et ça supporte très bien le froid, la neige et les manipulations un peu brusques.
La contrepartie, c’est le poids. Un tube PVC correctement dimensionné pèse facilement quelques centaines de grammes à vide. Pour quelqu’un qui traque chaque gramme dans sa liste, l’ajouter peut sembler inconcevable. Pourtant, sur des expéditions de plusieurs jours en autonomie complète, ce poids fixe est rapidement compensé par la sérénité et la propreté qu’il apporte.
Un autre intérêt du tube, souvent sous-estimé, c’est la gestion des odeurs sur plusieurs jours. Même si les sacs internes ne sont pas parfaits, l’épaisseur de PVC et les bouchons vissés font office de troisième barrière. Ça ne rend pas le contenu parfumé à la lavande, mais ça évite l’odeur persistante dans le sac, surtout quand la température remonte dans les vallons ensoleillés.
Sur le plan de la durabilité, un seul tube bien entretenu peut servir des années. On n’est plus dans le consommable, mais dans un équipement à part entière, comme une popote ou un réchaud. Rincé avec de l’eau chaude et un produit adapté une fois de retour, il ne garde pas d’odeur marquée et repart pour une nouvelle saison.
Ce système convient particulièrement aux petites cordées qui partagent les tâches. Un tube commun, quelques sacs individuels à l’intérieur, et tout le monde sait où vont finir les excréments. Sur des raids glaciaires, des traversées de plateaux très minéraux ou des expés où l’enterrement est illusoire, c’est une solution qui tient bien la route. La clé, c’est de l’intégrer à ton organisation comme n’importe quel autre élément de sécurité.
Sachet maison pour ramasser ses excréments : la solution minimaliste
Le troisième système tourne autour du sachet maison. L’idée est de reproduire l’efficacité d’un WAG bag sans acheter un kit tout prêt. Tu combines des sacs congélation solides, éventuellement une poudre absorbante (litière très fine, sciure, absorbant de bricolage) et une stratégie de stockage propre dans le sac.
Le montage de base ressemble à un WAG bag artisanal. Un premier sac sert de réceptacle, un deuxième fait office de barrière externe. Certains ajoutent un peu de papier absorbant ou de matériau sec pour limiter l’humidité et la sensation de « soupe ». On ferme en chassant l’air, puis on enferme le tout dans un sac plus robuste ou une petite housse étanche.
L’avantage évident, c’est le coût et la disponibilité. Tu peux préparer autant de kits que nécessaire avant de partir, les adapter en taille et en nombre selon ton métabolisme et la durée de ton itinéraire. Pas de marque imposée, pas de système propriétaire. C’est la version « open source » de la gestion des excréments.
En termes de poids, c’est aussi la solution la plus légère. Les sacs congélation de bonne qualité, utilisés en double, pèsent très peu. Pour quelqu’un qui marche longtemps avec un sac déjà chargé par la nourriture et l’eau, gratter quelques dizaines de grammes de ce côté-là est tentant. Surtout si tu connais bien ta routine intestinale et que tu sais à peu près combien de fois tu vas les utiliser.
Les limites se situent surtout au niveau de la robustesse et de l’étanchéité sur plusieurs jours. Un sac mal fermé, abîmé par un frottement sur une boucle ou un crampon, peut te gâcher une journée. C’est pour cette raison que beaucoup combinent ces sachets maison avec une protection supplémentaire : petite boîte rigide, housse épaisse ou mini-dry bag dédié.
La gestion des odeurs est correcte si tu ajoutes un matériau absorbant et si tu compresses bien le sac. Ce ne sera jamais aussi efficace qu’une poudre gélifiante conçue pour ça, mais sur deux ou trois jours, c’est largement acceptable pour la plupart des gens. En montagne, l’air frais et le vent jouent aussi en ta faveur quand tu ouvres ton sac.
Le sachet maison a un autre atout : il s’intègre très naturellement à une démarche plus globale de réduction des déchets. Tu utilises déjà probablement des sacs réutilisables pour tes aliments, un sachet étanche pour les ordures, des contenants réemployables. Ajouter un petit stock de sachets dédiés aux excréments s’inscrit dans cette logique. Tu choisis toi-même le compromis entre impact environnemental et confort d’usage.
En résumé, si tu veux une solution simple, économique, modulable, le sachet maison fonctionne très bien à condition d’ajouter une vraie rigueur dans le conditionnement et le rangement. C’est souvent par là que commencent les randonneurs avant de basculer vers un tube ou des WAG bags sur des itinéraires plus engagés.
Comparatif WAG bag, tube PVC, sachet maison : quel système pour quel usage ?
Pour t’aider à choisir, voici un tableau récapitulatif des trois systèmes testés, avec un focus sur leurs usages typiques, leurs forces et leurs points faibles en haute montagne. Il ne s’agit pas de trancher pour tout le monde, mais de t’aider à aligner ton choix avec ta pratique réelle.
| Système | Atouts principaux | Limites | Usages idéaux |
|---|---|---|---|
| WAG bag | Gestion efficace des odeurs, utilisation simple, pas besoin de creuser, accepté dans de nombreux parcs | Coût par utilisation, plastique à usage limité, volume si plusieurs jours | Coursess techniques à la journée, bivouacs courts, secteurs où le système est imposé |
| Tube PVC | Protection mécanique maximale, odeurs fortement réduites, très durable | Poids fixe non négligeable, encombrement, nécessite des sacs internes | Expéditions de plusieurs jours, traversées glaciaires, cordées partageant le matériel |
| Sachet maison | Coût faible, poids minimal, adaptable en nombre et en taille | Moins robuste, odeurs plus présentes, demande de l’organisation | Treks légers, sorties de quelques jours, pratiquants expérimentés et soigneux |
Pour rendre ce tableau concret, imagine un petit groupe de trois amis, appelons-les Camille, Lucas et Sofia. Camille prépare une ascension technique sur un 4000 avec une nuit en bivouac sur glacier. Elle se tourne naturellement vers les WAG bags, parce que le parc les recommande et que l’itinéraire ne laisse presque aucun endroit pour enterrer quoi que ce soit.
Lucas prévoit une traversée de cinq jours sur un plateau d’altitude très minéral, avec peu de végétation et beaucoup de rocher. Il choisit un tube PVC commun pour la petite équipe, chacun ayant ses sacs internes. Le poids est partagé, la gestion est claire, la sécurité olfactive appréciable dans la tente le soir.
Sofia part seule sur un trek de trois jours, avec un sac très léger et une météo stable. Elle connaît bien son fonctionnement et préfère des sachets maison doublés, rangés dans un mini-dry bag dédié. C’est la solution qui colle le mieux à son style de marche et à son envie de limiter les achats de matériel spécialisé.
Ces trois scénarios montrent surtout une chose : le bon système est celui que tu utiliseras réellement, sans t’en détourner par flemme ou inconfort. L’objectif, ce n’est pas de gagner un concours d’orthodoxie, mais d’éviter que les sols d’altitude deviennent des toilettes à ciel ouvert.
Intégrer la gestion des excréments à ta routine bivouac en haute montagne
Choisir un système, c’est une étape. L’étape suivante, c’est de l’intégrer dans ta routine de bivouac, au même titre que le montage de la tente, la préparation de l’eau ou la vérification de la météo pour le lendemain. Si le sujet reste un truc gênant que tu repousses à plus tard, tu finiras par improviser un soir de fatigue, et l’improvisation donne rarement de bons résultats dans ce domaine.
Une routine simple peut ressembler à ceci. En fin de journée, une fois le camp installé et l’eau filtrée, tu définis une « zone sanitaire » à distance de la tente et des points d’eau, en respectant les 50 mètres recommandés. Les WAG bags, sachets ou le tube PVC sont sortis, prêts à être utilisés si le besoin se fait sentir en pleine nuit. Tu sais où aller, tu sais quoi prendre, tout est accessible sans fouiller tout le sac à la frontale.
Le matin, avant de tout ranger, tu fais un dernier passage revue. Les sacs pleins sont bien fermés, stockés dans leur contenant rigide ou leur housse dédiée. Le nombre utilisé est noté mentalement ou sur un carnet si tu as l’habitude de suivre tes consommables. Ce simple geste évite de découvrir un sac oublié sous un caillou ou glissé dans l’herbe près du bivouac.
Il y a aussi la question du rythme. Le corps réagit parfois différemment en altitude, entre changement d’alimentation, effort prolongé, stress léger et froid. Certains se retrouvent constipés pendant deux jours, d’autres ont l’effet inverse dès la première nuit. Prévoir une petite marge dans le nombre de sacs ou de recharges WAG bag n’est donc pas un luxe.
Une attitude qui aide beaucoup consiste à considérer ce matériel comme partie intégrante de ton kit de sécurité. Tu veilles déjà à ne pas oublier ton filtre à eau, ta trousse de secours, ton système d’orientation. Ajouter un ou deux kits de gestion des excréments dans cette catégorie change le regard. Ce n’est plus un accessoire gênant, mais un outil pour protéger ta santé et celle des autres.
En organisant ainsi tes habitudes, tu bascules d’une gestion au coup par coup à un réflexe quasi automatique. Et c’est précisément ce réflexe qui fait la différence après plusieurs jours dehors, quand la fatigue s’accumule et que les décisions se prennent plus vite et parfois moins bien.
Lien avec le Leave No Trace : des déchets alimentaires aux excréments
La gestion des excréments ne se sépare pas du reste de la démarche Leave No Trace. Si tu fais déjà l’effort de redescendre tous tes déchets alimentaires, emballages et restes divers, ajouter les selles au même circuit n’est qu’une étape supplémentaire, logique. Le sol de haute montagne n’a pas demandé à devenir une décharge, même « organique ».
Le raisonnement commence souvent par les déchets visibles. Avant de partir, tu transvases tes aliments dans des contenants réutilisables, tu supprimes cartonnages et suremballages à la maison. Sur le terrain, tout ce qui entre dans ton sac en sort, y compris les épluchures de fruits ou les restes de repas. Une peau de banane ou une pelure d’orange ne disparaît pas magiquement en une nuit, surtout à 2500 mètres.
Pour l’hygiène, même logique. Savons, détergents et produits d’entretien sont choisis biodégradables, et utilisés à distance des cours d’eau, au moins 50 mètres, pour laisser le temps au sol de filtrer. La vaisselle se fait dans une bassine pliable ou directement dans une gamelle, un peu à l’écart du torrent. Les bouts de savon laissés sur une pierre au bord d’un ruisseau restent une pollution, même si l’étiquette parle de nature.
Les excréments s’insèrent dans cette chaîne. Une fois que tu as compris que les bactéries intestinales ne restent pas sagement dans un trou superficiel, mais migrent vers l’eau, le passage au ramassage et au transport devient cohérent avec le reste de tes efforts. Le sac étanche dédié aux déchets, avec un compartiment pour les excréments, devient l’équivalent de ta poubelle domestique.
Cette cohérence se voit aussi dans le groupe. Quand tout le monde adopte la même pratique, le sujet devient moins gênant. On répartit les tâches, on se partage parfois le tube ou le stock de WAG bags, on ramasse au passage quelques déchets oubliés par d’autres. C’est rarement glorieux, mais c’est concret et efficace.
Au final, ce qui compte n’est pas l’étiquette morale qu’on colle dessus, mais l’état du sentier, des glaciers et des torrents dans dix ans. Chaque sac redescendu, chaque dépôt évité sur la moraine, c’est un peu moins de bactéries dans l’eau et un peu plus de plaisir pour le suivant. C’est cette continuité de gestes qui fait qu’une montagne très fréquentée peut rester accueillante.
Gestion de l’odeur, du poids et de la discrétion : questions pratiques en haute montagne
Trois obstacles reviennent souvent quand on parle de ramasser ses excréments : l’odeur, le poids et la gêne. Ce sont surtout des freins psychologiques, mais ils ont une part de réalité qu’il faut traiter calmement, sans minimiser. La bonne nouvelle, c’est qu’avec un peu de méthode, ces trois points deviennent gérables.
Pour l’odeur, plusieurs couches de protection fonctionnent en parallèle. La première, c’est le sac ou le WAG bag lui-même, avec éventuellement une poudre gélifiante ou un absorbant sec. La deuxième, c’est un sac externe étanche ou un tube rigide. La troisième, c’est le placement dans ou sur le sac à dos, généralement dans une poche extérieure, loin des vêtements et de la nourriture.
Le poids pose moins de problème qu’on ne l’imagine. Les excréments ont une masse, c’est vrai, mais tu consommes en parallèle nourriture et gaz. Le sac s’allège progressivement. Sur une sortie de plusieurs jours, la variation reste tout à fait supportable. Le vrai surpoids vient surtout des contenants (tube, WAG bags, sachets en plus), pas du contenu lui-même.
Reste la discrétion. Personne n’a forcément envie d’afficher un tube marqué « poop » sur le côté de son sac. Pourtant, le sujet se banalise peu à peu dans les communautés de randonneurs et de grimpeurs. Un conteneur neutre, une simple housse en tissu sombre, et la plupart des gens n’y verront qu’un accessoire de plus. Ceux qui le reconnaissent sauront que tu fais partie de ceux qui prennent le problème au sérieux.
Pour t’aider à structurer cette partie très concrète, voici une liste de points à vérifier avant de partir :
- Système choisi clair : WAG bag, tube PVC, sachets maison ou combinaison de plusieurs.
- Nombre de kits adapté à la durée du séjour, avec une petite marge en cas de soucis digestifs.
- Contenant externe (boîte rigide, dry bag dédié) préparé et testé pour le rangement dans ou sur le sac.
- Zone sanitaire anticipée sur la carte ou le topo dans les secteurs très minéraux ou glaciaires.
- Accès nocturne réfléchi : frontale prête, chemin balisé mentalement pour éviter les acrobaties à 2 h du matin.
Une fois ces éléments en place, tu passes d’un sujet gênant et flou à une simple tâche logistique parmi d’autres. Et comme pour le reste de ton équipement, plus tu auras répété, plus ce sera fluide quand tu en auras réellement besoin.
Une bonne vidéo tutorielle ou un retour d’expérience filmé permet parfois de lever les dernières hésitations, surtout pour visualiser les manipulations concrètes avec gants, veste, sac lourd et vent froid.
Pourquoi les catholes classiques sont-elles problématiques en haute montagne ?
En altitude, les sols sont fins, souvent gelés et pauvres en micro-organismes. Les excréments se décomposent très lentement, parfois sur plusieurs mois, pendant que les bactéries fécales peuvent migrer vers les torrents et les glaciers. Un trou de 20 cm, efficace en forêt de plaine, devient beaucoup moins performant sur un glacier morainique ou un alpage très fréquenté. D’où l’intérêt de ramasser et redescendre ses excréments dans ces environnements fragiles.
Faut-il vraiment redescendre aussi le papier toilette utilisé ?
Oui. Le papier toilette, même dit biodégradable, reste longtemps visible et attire les animaux. En haute montagne, les conditions sèches et froides ralentissent énormément sa décomposition. La solution la plus propre reste de le mettre dans le même sac que les excréments (WAG bag, sachet maison) ou dans un sac dédié si tu utilises un bidet portable. Le brûler est délicat et risqué en conditions sèches.
Puis-je jeter un WAG bag dans des toilettes sèches ou un simple WC de refuge ?
Non. Les WAG bags sont conçus pour être jetés dans une poubelle classique qui partira en décharge. Les plastiques et la poudre gélifiante perturbent fortement le fonctionnement des toilettes sèches ou des micro-stations d’épuration des refuges. Le bon geste : conserver le sac fermé et l’éliminer dans une benne ou une poubelle destinée aux ordures ménagères en vallée.
Comment faire si je n’ai pas prévu de système de ramassage pour mes excréments ?
Si tu arrives sans matériel dédié, la moins mauvaise option reste un trou profond (au moins 20 cm), loin des cours d’eau, en choisissant un endroit avec un peu de végétation et de sol organique. Le papier toilette, lui, doit être emporté dans un sac congélation ou un petit sac étanche. Dès ton retour, intègre un système de ramassage dans ta liste d’équipement pour les prochaines sorties.
Le tube PVC n’est-il pas exagéré pour de simples randonnées de deux jours ?
Sur une sortie courte, un tube PVC peut paraître disproportionné, surtout si tu évolues en terrain forestier où les catholes restent pertinentes. En revanche, dès que tu passes une ou deux nuits en zone très minérale, glaciaire ou fortement fréquentée, ce tube devient un vrai plus en termes de propreté, de sérénité et de respect du site. À toi de voir si ton itinéraire justifie cet investissement en poids et en volume.



